J’aime parler de relations, d’émotions, d’amour, de sexe. Et analyser, observer, décortiquer.
Et puis, j’ai très envie de déconstruire plein de schémas pré-établis. Je ne me suis jamais sentie à l’aise dans le couple hétéro exclusif. Je ne comprenais pas pourquoi il était évident qu’il fallait être fidèle si le sujet n’avait jamais été abordé. Je ne comprenais pas non plus pourquoi mes amies faisaient passer leur relation amoureuse avant tout le reste.
J'aime donc je suis
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En ce 25 octobre 2026, mes pensées sont principalement remplies de manifs, de rage joyeuse et de l'espoir fou qu'un monde un peu meilleur advienne, grâce à la combativité de la Gen Z.
Cela fait à peu près 2 mois que j'ai acté une rupture avec M. On ne se voit plus. Je ne voulais pas arriver à une rupture en tant que telle, mon souhait était plutôt de transformer la relation, de lâcher les éléments "de couple". Mais ça n'a pas marché. Trop d'attachement sans doute, trop d'automatismes, trop d'incapacité masculine aussi.
J'ai rompu, et cela a été difficile à vivre. Surtout au bout d' 1 mois. La profonde connexion humaine qui me relie à cette personne m'a terriblement fait défaut pour affronter ma peur de la fin du monde, du facisme qui grimpe, l'avenir incertain et la présidentielle de 2027. M. est une personne qui me rassure dans les moments de flippe. Quand c'est la crise, on a besoin d'allié·e·s, de personnes sur qui l'on sait pouvoir compter tant matériellement qu'émotionnellement. M. me fait me sentir moins seule au monde.
Et pourtant, il me fait me sentir terriblement seule dans notre relation. Drôle de paradoxe.
Toujours est-il qu'en le quittant, j'ai fait le voeu de quitter l'hétérosexualité pour de bon. Et quand je dis quitter l'hétérosexualité, je crois que j'englobe la relation amoureuse telle qu'on la connaît aussi. Je ne veux plus vraiment de ce type d'attachement qui fait toujours souffrir à un moment ou un autre. De ce que je vois des relations lesbiennes/queer, ça n'est ni moins houleux ni plus simple. Ça ne me fait pas plus envie.
Alors, comment créer autre chose ?
J'ai décidé de me concentrer sur l'amitié. J'aspire à approfondir mes relations existantes sur cette base, à leur donner toute l'importance qu'elles méritent, à traverser les conflits avec la même persévérence qui me caractérise dans la relation amoureuse, et voir ce que ça donne.
On ne peut pas être féministe et en relation hétéro, à moins de mettre son féminisme sous le tapis ou de s'épuiser en pédagogie. Mais on peut tout à fait être féministe et nourrir ses amitiés, particulièrement avec des femmes et/ou des personnes queer.
Récemment, j'ai osé dire à une de mes amies proches que j'étais frustrée d'être celle qui propose de se voir, d'avoir le sentiment de lui courir après. Et j'ai pu vivre une résolution de conflit exactement comme j'aspirais à le vivre dans ma relation amoureuse. Je n'ai pas eu à dire 3 fois les choses, je n'ai pas eu à tirer les vers du nez, ni à reformuler, ni à assister à de l'auto-flagellation ou de la mauvaise foi. J'ai eu face à moi une personne qui a pris les choses au sérieux, a aussitôt proposé de se voir pour en parler. La discussion a été super constructive, nous avons pu toutes les deux dire certaines chose qui nous pesaient, nous ne nous sommes pas entièrement comprises tout de suite. Mais une fois la discussion passée, chacune a modifié des choses pour tenir compte du bien-être de l'autre dans la relation, et depuis, nous sommes bien plus proches encore qu'avant. Cela nous a nourries, et je crois que chacun a pu voir à quel point l'autre tient à la relation et met des choses en oeuvre pour la construire. Il n'y a pas eu besoin de promesses, juste de petits actes.
Cette expérience a ancré en moi la sensation que oui c'est possible d'avoir des relations intimes et profondes sans avoir besoin de ramer pendant des semaines ou des mois. Oui il y a des personnes autour de moi qui ont un égo suffisamment tranquille pour pouvoir être remises en question sans s'effondrer, sans chercher à me dire ce que j'ai envie d'entendre. Et oui, il se trouve (bizarrement ? non) que ce sont des femmes.
Toutes les femmes ne sont pas des personnes capables de naviguer les conflits aussi bien. Mais parmi les femmes il est infiniment plus facile d'en trouver que parmi les hommes. Et ne pas être en relation amoureuse me permet de ne pas entrer dans le conflit comme si j'y jouais ma vie, et ça, ça n'a pas de prix.
En cela je pense être dans l'air du temps : la lame de fond qui traverse les rapports hommes-femmes amènent de plus en plus de personnes, notamment plus jeunes, à cesser les relations amoureuses avec les hommes cisgenres, et à nourrir plus activement les amitiés en tous genre, en élargissant la définition de l'amitié. Faire des enfants avec des ami·e·s, coucher avec des ami·e·s, habiter avec des ami·e·s, etc...
Sur le sujet je conseille vivement le livre d'Alice Raybaud, "Nos puissantes amitiés", qui développe ce sujet plus profondément et avec des nombreux temoignages et sources.
Est-ce que c'est simple ? Non. Il s'agit de déconstruire une institution, le couple, la famille, qui existent depuis des siècles voire des millénaires dans notre culture. Je ne prétends pas être sortie du schéma. Mais je tends vers cela. Je suis toujours amoureuse de M., et ne trouvant pas comment sortir de notre dynamique sacrément hétéro, nous allons démarrer un suivi ensemble avec une thérapeute, dans le but de faire évoluer notre relation vers une amitié plus saine. Est-ce que j'ai le sentiment de consacrer encore du temps, de l'argent et de l'énergie pour un mec cis pas foutu d'avancer seul ? Oui. Mais j'assume que je l'aime beaucoup, qu'il m'est encore trop difficile de faire le deuil de sa présence dans ma vie, et que je n'ai pas la patience d'attendre qu'il ait fait le travail tout seul de son côté.
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