Pourquoi je fais le choix du polyamour ?

J'ai eu une discussion il y a quelques jours avec une très bonne amie, sur les raisons pour lesquelles je suis en relation polyamoureuse. Et c'était intéressant pour moi de clarifier ces raisons.

Je ne reviendrai pas sur le vocabulaire pour l'instant. En réalité, Polyamour n'est pas vraiment un terme qui me convient, et bien que je sois sans doute plus proche dans mon fonctionnement, de l'anarchie relationnelle, je n'aime pas non plus. P'têt que j'expliquerai pourquoi un jour.

Actuellement, j'ai une seule relation amoureuse, et qui coche pas mal des critères pour être définie comme telle. Plutôt, je n'ai pas spécialement envie d'avoir une autre relation de ce type. J'y mets suffisamment d'énergie et de coeur comme ça, pas envie de me démultiplier. Par ailleurs, les plans cul ne m'intéressent pas : j'en ai dans mon travail, et je suis payée pour. Aucun intérêt à le faire gratos.

Alors pourquoi ne pas vouloir une relation monogame ? Et c'est là à mon sens que ça devient intéressant.

Vivre le polyamour aujourd'hui pour moi, ce n'est plus pour la liberté d'avoir plein de relations amoureuses et/ou sexuelles. C'est plutôt l'envie d'ouvrir les possibles, c'est aussi, refuser la place centrale que l'on donne habituellement à la relation amoureuse. C'est pour moi, déconstruire le couple autant que possible.

  1. Je veux me sentir libre, de mon corps, de mes coups de coeur, de relationner avec des gens, qu'il y ait du sexe ou non, du sentiment amoureux ou non. Et je veux cette liberté pour l'autre aussi. C'est absolument primordial. Sans cette liberté, je me sens enfermée, j'étouffe, et c'est le risque que l'entité couple se referme sur moi et l'autre et que les vieux réflexes d'escalator relationnel reprennent le dessus. Aussi, je déteste les interdits : si c'est interdit je dois m'empêcher de le faire, et ça me coûte. Si c'est autorisé, je n'y pense pas vraiment.

  2. Mes amitiés ne sont pas secondaires dans ma vie. Quand je dis polyamour, j'entends toutes mes relations d'amour, incluses dans ce mot. Je fais encore une différence ami·e/amoureux·se, parce que mes émotions sont différentes, que je m'y rapporte différemment. Mais mon horizon désirable, c'est de dépasser ces frontières.

  3. J'aime mon célibat. Je n'ai pas l'intention de ne plus être célibataire. Ce n'est pas parce que j'ai un amoureux, que je me vois comme "en couple". Je me vois comme "célibataire avec plein de relations chouettes et nourrissantes, dont une relation amoureuse et sexuelle". Je n'ai pas l'intention d'habiter en couple, et je n'ai pas de trucs prédéfinis que je voudrais absolument faire "en couple" pour avoir le sentiment que mon couple "correspond bien à la norme du couple". Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas des envies spécifiques dans ma relation amoureuse, c'est d'ailleurs tout un travail de déconstruction là-dessus aussi, ou de conscientisation.

  4. Je suis ambivalente. A la fois je n'ai pas envie d'une autre relation amoureuse, et à la fois, je suis un coeur d'artichaud, et j'aimerais très fort vivre au moins une relation amoureuse avec un autre genre que les hommes cis. J'ai été amoureuse, ou attirée, de très nombreuses fois, ça s'est rarement concrétisé par du sexe, et jamais par une relation amoureuse. Depuis quelques années je travaille à combattre mon sentiment d'illégitimité en tant que bi. Et donc, j'ai besoin que cette porte reste ouverte.

  5. J'aime que ce soit compliqué et difficile. J'dis ça à moitié ironiquement. Mais c'est un peu vrai : j'aime l'idée de me dépasser. J'aime l'idée de devoir travailler sur ma jalousie, de la visibiliser, de voir ce que ça dit de moi et comment je peux grandir sur le chemin de ma spiritualité, à travers la relation amoureuse non-exclusive.

  6. Être en polyamour, me permet de vivre des relations que j'aurais stoppées si elles étaient monogames. Et je trouve ça dommage. Ce n'est pas parce que tous les critères ne sont pas réunis (par exemple, ma relation actuelle est à distance et c'est pas du tout mon truc), que la relation n'est pas enrichissante, que la personne n'est pas chère à mon coeur. Dans mes amitiés non plus, tous les critères ne sont en général pas réunis. Pourtant, je garde ces personnes dans ma vie. Parfois simplement parce que je trouve ces personnes belles, dans ce qu'elles sont, dans le chemin qu'elles parcourent et j'ai envie de continuer à être en lien avec elles. Bah j'ai aussi envie de pouvoir vivre ça dans mes relations amoureuses. Gros challenge cependant.

Je dirais pour conclure, qu'être en polyamour, m'évite le chemin balisé du couple, et me permet d'ouvrir mon esprit sur tous les plans, de construire avec chaque personne une relation unique, sans modèle.  Je trouve ça libérateur et merveilleux. Mais c'est pas facile tous les jours. Parfois, je galère. Souvent, je suis en colère et je l'exprime. Sans arrêt, je redéfinis ma manière d'être en relation avec chaque personne, je renégocie les termes de mon engagement, me mettant parfois en retrait, parfois m'engageant plus fort.

Depuis quelques années, j'assume aussi plus ouvertement que je suis sur un chemin spirituel, d'acceptation du monde et de moi-même, et donc des autres tels qu'iels sont. Mon graal, c'est l'amour inconditionnel, et chaque relation est l'occasion pour moi d'apprendre un peu plus pour essayer de m'en approcher. Je trouve que le polyamour tel que je l'imagine, me rapproche aussi de cet horizon.

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